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L'approche naturelle dans l'apprentissage d'une langue seconde

Un récent échange m'a donné l'idée d'écrire cet article pour notre blogue. La personne me parlait des bienfaits de la traduction, surtout pour les niveaux débutants. Il prétextait que d'avoir des traductions de mots de la langue maternelle vers la langue cible aiderait à bâtir le vocabulaire plus rapidement, facilitant ainsi l'apprentissage.

Ceci est certes une approche de l'apprentissage d'une langue seconde. Comme pour beaucoup de choses, plusieurs chemins mènent à Rome, mais pas tous ont la même durée ou le même dénivelé. L'utilisation de la traduction peut effectivement aider à bâtir un vocabulaire plus rapidement au début, mais le prix à payer sera plus tard lorsque l'apprenant aura à modifier sa façon de penser. Avec cette technique, les étudiants apprennent du vocabulaire et des règles de grammaire en faisant le parallèle entre la langue cible et leur langue maternelle. Une fois arrivé à un niveau plus avancé, ce réflexe est incrusté et ralentit la spontanéité de l'apprenant parce que l'étudiant pensera tout d'abord dans sa langue maternelle pour ensuite traduire dans sa tête. De plus, la plupart des expressions idiomatiques ne peuvent être traduites dans la langue cible. Ce qui donnera des échanges peu naturels. Il y aura donc, un fort travail de correction à faire.

À l'opposé, commencer par une immersion dans la langue d'apprentissage ralentira la vitesse de progression initiale (la phase silencieuse dans l'approche naturelle), le temps que le schème de pensée s'établisse dans la langue cible (bâtir le vocabulaire, les phrases, les temps de verbes, les formes, etc.), pour s'accélérer par la suite. Avec comme avantage que les apprenants pensent maintenant dans la nouvelle langue et les échanges sont beaucoup plus naturels dans les niveaux intermédiaires et avancés.

À Langage d'ici, nous nous inspirons de l'approche naturelle pour l'enseignement des langues. Mais qu'est-ce que l'approche naturelle? Elle s'inspire de la façon dont les enfants apprennent leur langue maternelle. Elle a été développée fin des années '70, début des années '80 par les Docteurs Stephen Krashen de l'USC et Tracy Terrell de l'Université de Californie à San Diego.

Comment apprennent les enfants? Au tout début, l'enfant ne peut pas s'exprimer, en partie parce qu'il n'est pas prêt à le faire d'un point de vue physiologique; il est en phase de développement. Aussi, au niveau cognitif, l'enfant accumule les informations sur sa langue; vocabulaire, expression, langage corporel, intonation. Son apprentissage provient de son environnement immédiat : sa mère, son père et ses frères et sœurs. L'objectif est aussi très intéressant : l'enfant veut se faire comprendre de son entourage. Il ne veut pas maîtriser les nuances de la langue. Dans un premier temps, il veut exprimer des besoins fondamentaux : j'ai faim, j'ai mal, j'ai peur, je veux jouer, je suis fatigué, etc. La précision n'est pas importante ici. L'on parle d'un tout ou d'un rien. L'enfant n'est pas encore à l'étape d'exprimer : j'aimerais manger les mêmes raviolis que la semaine dernière, mais avec une sauce au pesto accompagné d'un vin rosé! Mais bien de se faire comprendre : j'ai besoin de m'alimenter. Il se servira de sons, de ses yeux, de ses mains et d'expression faciale pour exprimer ce qu'il/elle veut, son approbation, son refus et son bonheur ou son mécontentement. Les erreurs dans la prononciation, dans l'utilisation des temps de verbes, de l'intonation ne sont pas importantes ici. L'enfant veut satisfaire un besoin le plus rapidement et avec le moins d'efforts possible. Un point et c'est tout. La récompense est bien entendu que le parent donnera à manger, ce qui est notre rétroaction positive (ou négative si l'on ne donne pas le bon aliment). Également, le parent répétera la bonne façon de dire ce qui doit être dit : " mangez " ou " pomme ", etc. Ainsi s'effectuera notre boucle d'apprentissage. Une fois cette base atteinte, un niveau de précision sera inséré. Et ainsi de suite jusqu'à la maîtrise de la langue maternelle.

Si nous rapportons cette façon de faire à l'apprentissage d'une langue seconde d'un point de vue conversationnel pour les adultes, il y a beaucoup de parallèles à faire. Chez Langage d'ici, dès le premier niveau, l'apprenant est immergé dans la langue d'apprentissage. Le professeur parle strictement dans la langue cible et présente des thèmes que l'étudiant doit intégrer au fur et à mesure. Il prépare ainsi les activités conversationnelles en présentant les sujets qui seront vus : un temps de verbe simple, les chiffres, les prénoms et les noms, les lieux, etc. L'on ne parle pas d'un cours magistral. L'on parle vraiment des blocs courts nécessaires à bâtir une conversation.

Dès le début, des activités conversationnelles sont programmées et occupent une partie importante du cours, même si les apprenants n'ont pas ou peu d'outils pour participer. Les activités sont simples et elles sont guidées. Les buts sont multiples. Comme l'acquisition de la langue se fait par la compréhension d'information dans un environnement le moins stressant possible, en laissant les apprenants parler de façon libre, l'information circule et elle est absorbée par les apprenants. Les correctifs sont faits par le professeur pour que l'acquisition soit des bonnes informations et non pas des erreurs. S'il y a blocage, le professeur interviendra pour mimer, dessiner ou montrer le sujet ou le mot qui pose un problème. Il fera également du renforcement positif lorsque les étudiants font des efforts et utilisent une bonne structure. Le professeur prend note des erreurs partagées et elles seront enseignées dans une leçon distincte plus tard. De cette façon, personne n'est gêné et cela prend en considération le rythme d'apprentissage de chacun au sein du groupe.

Tout le monde est encouragé à participer, mais personne n'est forcé. Aussi, le nombre d'apprenants dans chacun des groupes est réduit, favorisant ainsi la participation et la réduction du niveau de stress de chacun des apprenants. Les sujets des activités conversationnelles doivent être en fonction des besoins des apprenants, mais également de ce qui les passionne. Cet aspect est important dans l'approche communicative, que nous utilisons également. Rien ne sert de bâtir un cours sur les nouvelles exemptions pour les impôts personnels si le sujet ne passionne personne. Pas beaucoup de concepts seraient retenus de ce cours. Mais si le groupe est du service de marketing et que le cours est sur la publicité en ligne, alors le nouveau vocabulaire sera bien assimilé puisque c'est ce que les apprenants font chaque jour. Cette approche est difficilement utilisée dans un groupe nombreux à moins qu'il ne soit scindé en sous-groupes supervisés par plusieurs professeurs.

Si nous suivons l'exemple précédent, l'activité conversationnelle qui correspondrait aux structures qui seraient apprises pour un cours sur les présentations serait :

  • Mon nom est Stéphane

  • J'ai 38 ans

  • Je vis à Montréal

  • J'ai deux enfants

  • Et vous?

Chaque étudiant tente de répondre aux questions et les demande à son tour aux autres apprenants. Avec ce simple exercice, l'étudiant peut apprendre plusieurs choses : temps de verbe, nom, chiffres, possession, lieu, etc. Comme pour notre enfant qui apprend à naviguer dans son environnement, nos apprenants apprennent les bases pour s'exprimer dans leur travail.

Jusqu'à maintenant, c'est la meilleure approche pour l'acquisition d'une langue tant au niveau de la rapidité que pour l'efficacité. Elle est excellente pour les niveaux de débutants et par la suite, une approche avec un peu plus de grammaire et de précision de la langue sera graduellement ajoutée pour les niveaux intermédiaires et avancés. À partir de ces niveaux, les objectifs changent. L'apprenant ne cherche plus à faire comprendre une pensée simple, mais bien à partager des idées complexes qui ont des nuances importantes. Et le niveau de la langue doit refléter cette réalité. Mais l'accent est toujours sur la conversation.

De plus, dans la plupart de nos classes, les apprenants sont issus de cultures et de milieux variés, ce qui rend l'utilisation de cette approche encore plus appropriée. Grâce à elle, la communication se fait naturellement, que dans la langue cible, en utilisant des mises en situations réelles qui sont partagées par tous (le travail). Lorsque les cours sont en présentiel, elle peut également être complétée avec l'approche actionnelle qui utilise des actions concrètes faites par les étudiants, comme aller à la boulangerie pour commander son pain.

L'idée derrière l'approche naturelle est d'imiter le plus possible les techniques d'acquisition de la langue première. Et à Langage d'ici, nous adaptons cette approche aux réalités de l'apprentissage des adultes en entreprises ou pour les professionnels.